
Avec ces clichés, la banalité du quotidien est transformée en scènes pittoresques où l'imagerie n'est pas un témoignage de la mémoire collective, mais bien l'expression de la modernité. La carte postale montre l'image revendiquée que le bassin annécien voulait afficher. Regardons la différence entre les vêtements des femmes de la campagne (photographie n° 8, la femme au bassin, par exemple) et le groupe folklorique (nous dirons carnavalesque) de la photographie n° .6. La réalité est transformée au profit de l'idée qu'elle doit véhiculer. En ce sens la pose très stoïque que prennent les personnes renforce le caractère exemplaire de l'image, la spontanéité d'un pêcheur dans sa barque, trop heureux de montrer sa prise reste exceptionnelle (photographie n°50),. Tout se fige comme le lac et les montagnes jusqu'aux femmes que l'on emporte dans des brouettes (photographie n°12). En l'absence de hors-champ, on se demande ce qu'ont pu devenir les deux petites filles aux robes claires qui traversent le Thiou (photographie n° 29) ?
La maîtrise technique et artistique de ces clichés est entendue. Le cadrage, la lumière, le piqué, les équilibres des tonalités, la mise en scène sont de très grande qualité pour l'amateur amoureux du passé. L'éditeur n'avait alors qu'à gouacher les zones que l'imprimerie de l'époque ne pouvait techniquement pas rendre par manque de degré d'isohélie. On retouchait le ciel pour l'uniformiser. On redessinait le flan neigeux des montagnes pour rendre le cliché intelligible, quitte à créer un glacier au pinceau en plein été (photographie n° 39). Cette technique servant encore à réserver un blanc pour-écrire le titre de la carte postale. Plus pittoresque est l'utilisation du masque gouaché sur la photographie n°34. Manifestement la robe de la jeune femme au dessous des genoux était jugée encore trop courte. De nos jours, on laisserait la longueur d'une jupe beaucoup plus courte mais on recadrerait pour ne pas voir le militaire en uniforme assis dans la rue sur une bitte, les mains dans les poches.
Certains d'entre nous puiseront encore dans leur-mémoire pour adoucir leur nostalgie et plusieurs visages pourront être reconnus. Mais voilà, le temps a tourné, les lavandières ont disparus. Il ne reste que leur image et le charme qu'elle procure.
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