BD en cours d'écriture
  • Long feu à longwy   ( 0 Articles )
  • L F Inclair, non-mort pour la France   ( 0 Articles )

    Fusillé en 1914 - Le destin du soldat Louis Ferdinand Inclair.

    Louis Ferdinand Inclair, né le 28 juillet 1893, est fusillé à l'âge de 21 ans le 12 septembre 1914. Abusivement condamné et exécuté à la va-vite pour désertion, ce soldat ne retrouve son honneur, à titre posthume, qu'en 1934. Après une première demande de révision infructueuse en 1920, Louis Ferdinand Inclair n'est réhabilité par un tribunal militaire que le 1er février 1934, grâce à l'opiniâtreté de Messieurs Balmain, Joly, Berthollet et Gabrielli. Soldat de la classe 13, Louis Ferdinand Inclair est engagé dans le conflit pour contenir l'avancée allemande sur la Moselle. Les troupes françaises faiblissent et le front est sur le point de rompre dans cette première année de guerre qui fut la plus meurtrière de la première Guerre Mondiale.

  • Belvédère Cassino   ( 0 Articles )
  • Le soldat inconnu vivant   ( 0 Articles )

    Textes de Jean Yves Lenaour :

    Le 1er février 1918, un amnésique est découvert errant sur les quais de la gare de Lyon-Brotteaux. Probablement descendu d’un convoi de psycho-névrosés rapatriés d’Allemagne, cet homme, qui n’a plus toute sa raison, est dépourvu de pièces d’identité et pas même muni de la fiche d’évacuation que l’on épingle traditionnellement au revers de la capote militaire. Parce qu’il fallait bien lui donner un nom, on a cru discerner celui d’Anthelme Mangin au milieu de ses balbutiements, et c’est sous cette identité qu’il sera désormais enregistré à l’asile de Bron, de Clermont-Ferrand puis de Rodez où il passe la plus grande partie de sa triste vie, de 1920 à 1939. La trajectoire de cette épave de la Grande Guerre, de cet « éclopé du cerveau » traumatisé par l’horreur du champ de bataille, aurait cependant pu passer inaperçue au milieu d’un monde en deuil et lui-même traumatisé, mais ce ne fut pas le cas.  En 1922, décidé à lui retrouver son identité et à le rendre à sa famille qui le croit disparu, le directeur de l’asile de Rodez, le Dr Fenayrou fait paraître son portrait dans la presse tandis que les anciens combattants, par devoir envers leur infortuné camarade, éditent une affiche anthropométrique aussitôt placardée sur les murs de toutes les mairies de France. Le drame se met alors en place : des centaines de familles reconnaissent en effet Anthelme Mangin comme leur fils, leur mari ou leur frère, et déferlent sur l’asile de Rodez jusqu’à s’opposer en justice dans un procès interminable qui durera jusqu’à la mort de l’amnésique, en 1942.

     


    Si des centaines de personnes ont cru reconnaître leur cher disparu dans les traits de Mangin, c’est que la société française de l’entre-deux-guerres est incapable de surmonter le traumatisme de la mort de masse et de faire le deuil de ses enfants sacrifiés dans les tranchées. Mais le deuil des disparus est plus dur encore. Parmi les 1,5 millions de Français morts au feu de 1914 à 1918, 300 000 ont en effet disparu corps et âmes, annihilés par l’artillerie ennemie, avalés par le no man’s land, et l’on ne saura rien des fils et des maris qui sont partis au front et qui n’ont subitement plus donné de nouvelles à l’issue d’un assaut. Ni comptés parmi les prisonniers ni parmi les morts, les disparus sont des morts-vivants dont les corps se sont dissous dans la terre qu’ils ont défendu et qui, privés de sépulture, n’ont pas fini de hanter les vivants. Le deuil de ces disparus est impossible. Comment se résoudre, comment accepter l’inacceptable alors qu’il n’y a pas plus de corps à pleurer que de certitudes ? Comment accomplir les gestes qui apaisent et le rituel qui discipline la douleur quand il n’y a pas d’endroit pour fixer ses larmes, pas de tombe, pas de mort. C’est pour eux, c’est pour ces 300 000 familles que l’on invente le soldat inconnu, « ambassadeur des morts » et « fils de toutes les mères qui n’ont pas retrouvé leur fils ». Sous l’Arc de triomphe, au sommet des Champs-Elysées, elles pourront s’agenouiller devant la dalle glacée qui contient peut-être les restes de leur petit. Et voilà qu’un disparu est vivant ! Voilà qu’une famille pleure à tort depuis trop longtemps un père, un fils, un frère, un époux ! Surnommé « le soldat inconnu vivant », l’amnésique Anthelme Mangin défraye la chronique et passionne les contemporains dont il synthétise la souffrance et les vains espoirs. Autour de cet homme silencieux et indifférent à tout, s’agite donc un monde en pleurs, incapable de refermer la page de la guerre et de son sillon de douleur. Mangin fascine. Cela fait-il si peur un homme sans passé, s’interroge Jean Anouilh qui lui consacre sa pièce Le voyageur sans bagage ? Au milieu d’un flot de souffrance mais impassible, tel l’œil du cyclone, le fou Anthelme Mangin est le témoin inconscient d’un monde dévoré par la folie.

    Il ne s’agira pas ici de faire, sous forme illustrée, le récit de ce qui a déjà été fait sous forme historique. Ce n’est pas la vérité historique qui importe mais la peinture d’un monde traumatisé à travers la pitoyable odyssée d’un improbable mort-vivant. En utilisant le ressort émotionnel de l’image, la BD du soldat inconnu vivant pourra s’introduire là où l’historien ne peut se permettre d’entrer et tentera de rendre éloquent le silence de Mangin. Elle nous entraînera donc vers le territoire de la fiction, faisant de Fenayrou le personnage central derrière l’amnésique, jusqu’à poser Mangin en seul homme libre car sans passé dans un monde qui ne parvient pas à oublier et qui se meurt d’hypermnésie.

     

     

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