Edoardo di Muro - Dédicace de Manu Dibango

«L’Africain Blanc, jusqu’au bout de la plume, souvenirs de ces instants passés ensemble, en Afrique et ailleurs. Souvenirs d’un trait fin et majestueux, celui de la plume d’Edoardo. Souvenirs d’une pochette de disque (album Waka juju), une œuvre superbe, aux traits caractérisés, de loin ma plus belle pochette de disque à ce jour. Tu es un génie, mon frère !»

Manu Dibango

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

couverture illustrée par Edoardo di Muro

 
Noir et blanc en couleurs - en librairie

 
effeuillage de noir et blanc en couleurs

 
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Eric Gaillard est mort

Eric était un peu paumé dans sa cité quand il décide de partir au Liban comme soldat volontaire de l'ONU. Six mois de préparation et le voilà à Beyrouth. Pas pour changer les gens, pas pour brûler des Mosquées comme le feront certains de ses collègues à Annecy le 5 mars 2003, ni pour éduquer l'Afghan. Non, juste pour changer son ordinaire, Eric n'était pas dans l'idéologie, Eric est dans la vie. A Beyrouth, il découvre la peine, la peur et la mort. Comme ce jour où un jeune court après son camion ; ça tourne à la rigolade ce gamin qui suit les soldats. Mais pourquoi suit-il les soldats. D'un coup, le sous-off' hurle. "Gaillard ! tire lui dessus... Tue-le ! Tue-le". Sans réponse d'Eric, le sous-off tire. C'est incompréhensible ! Le soldat fait feu et le gamin explose. Eric m'a décrit l'horreur de voir cette chair disloquée s'éloigner du camion en fuite. L'enfant voulait tuer les soldats, l'enfant voulait tuer Eric.... Le 23 octobre 1983, Eric est loin de son quartier de Ramlet El Baida. Il est 6 h20 du matin et le ciel gronde. La radio crépite, il faut revenir au poste Dakkar, fissa. Un camion a explosé contre la chambre où Eric devait être, où étaient certains de ses amis, encore. Le camion s'est soulevé dans les airs à plus de 7 mètres et 58 soldats sont morts. Sur place, Eric assiste à l'enfer.

 


De retour à Paris, sur le tarmac, Hernu, ministre des Armées, reçoit les corps. Chaque cercueil a deux militaires au garde-à-vous. Les familles sont détruites par la douleur. Une jeune femme agresse Eric "...mais pourquoi mon frère est mort ? Et pourquoi pas toi ?" La mère calme la fille et s'adresse à Eric, ses yeux dans les yeux : "Moi, je sais que tu es mort aussi, comme mon fils..."

 


Eric a quitté l'armée. Son mal de vie est devenu une maladie, mais Eric s'est mis à écrire avec la rage de la vie.

 


Eric est mort.

 


Un jour il m'avait donné un échiquier, sans pièces. Histoire de me dire que pour jouer, il faut se sculpter.